Textes divers
Page 8 : Mariage
La chaine et le peigne
Il y avait une fois, en quelque lieu du monde, deux époux dont l’amour n’avait cessé de grandir au creux de
leur chaumière, depuis le jour de leur mariage. Ils étaient très pauvres et chacun deux savait que l’autre portait
en son coeur un désir inassouvi ; lui avait une montre en or pour laquelle il ambitionnait secrètement d’acquérir
un jour une chaîne du même métal précieux. Elle avait de grands et beaux cheveux,
et rêvait d'un peigne de nacre pour les serrer sur sa nuque.
Avec les années qui passaient, lui en était venu à penser au peigne plus qu’à la chaîne de montre,
cependant qu'elle oubliait la nacre en cherchant comment acheter la chaîne rutilante.
Depuis longtemps ils n'en parlaient plus, mais leur esprit secrètement nourrissait le projet impossible.
Au matin de leurs noces d'or, le mari eut la stupeur de voir son épouse avancer vers lui les cheveux coupés !
Qu'as-tu fait mon amie ?
Elle ouvrit alors ses mains dans lesquelles brillait la chaîne d'or :
Je les ai vendus pour acheter la chaîne qui accompagnerait ta montre.
Ma pauvre amie, s'écria-t-il en ouvrant ses propres mains dans lesquelles resplendissait la nacre,
j'ai vendu la montre pour t'acheter le peigne !
Et de tomber dans les bras l'un de l’autre, dépouillés de tout, riches de leur seul amour.
Eloge du mariage
Si le mariage n’était que l’union d’un homme et d’une femme,
il ne pèserait pas lourd.
Car il existe aussi un sinistre enfermement du couple,
des variations multiples d’égoïsme ou d’autisme à deux.
Ce qui rend le mariage si fort et si indestructible,
c’est qu’il réunit un homme et une femme autour d’un projet.
D’un projet fou. Souvent voué à l’infortune.
D’un défi quasi impossible à réaliser et impérieux à oser.
Le drame serait de ne pas tenter l’impossible, de rester,
une vie entière, à la mesure de ce qu’on peut.
Christiane Singer
Envies
Envies d’aimer, de donner, de recevoir, de partager, de dialoguer,
Envies de complicité, de silence, de secrets,
Envies d’amour, d’affection, de câlins, de tendresse, d’enfants,
Envies de projets partagés, d’ambition à deux, de joie, de fou rire,
Envies de bonheur, de ciel bleu et parfois de quelques nuages,
Alors vous avez fait tous les deux le bon choix.
Cela m'étonne toujours
Cela m'étonne toujours, dit Dieu d'entendre les gens dire - Nous sommes mariés le..
Comme si on se mariait un jour ! Laissez-moi rire. Comme si on se mariait une fois pour toutes.
Ils croient que c'est arrivé, et qu'ils peuvent vivre, vivre de leurs rentes d'amour de gens mariés.
Comme si on se mariait un jour. Comme s'il suffisait de se donner une fois, une fois pour toutes.
Comme si moi-même, j'avais fait le monde en un jour ; comme s'il ne fallait pas, à tout prix,
par un bon sens enfin, se marier tous les jours que je fais.
Les hommes ne doutent de rien ! Deux moitiés ont tant à marier !
Quand on a été vingt ans seul, jeune homme seul, jeune fille seule, si différents,
de souches étrangères l'une à l'autre depuis des générations d'antan.
Que de choses à donner et à recevoir. Que de choses à recevoir et à donner, mes enfants !
Charles PÉGUY
Texte sur le mariage
Je voudrais que notre mariage ne soit pas la conclusion
mais l’introduction d'une merveilleuse réalité.
Je voudrais que jamais il ne devienne la chaîne qui retient,
mais qu'il soit et reste notre liberté et celle de nos enfants,
qu'il soit la lumière de notre vie et de la leur, qu'il soit la chaleur qui réchauffe
et que l'on retrouve chaque jour avec une joie grandissante.
Je ne veux pas t’aimer avec des grandes phrases faites de grands mots,
avec de l’amour et des toujours qui ne durent jamais.
Je voudrais que nous vivions notre amour non pas sur ce qu'il est,
mais sur ce que nous allons en faire à travers le quotidien.
A travers les choses les plus banales, je voudrais qu’il trouve sa réelle dimension.
Je ne veux pas d’amour rejetant qui me ferait oublier les autres pour ne voir que toi.
Je ne veux pas susciter de haine ni de jalousie : notre amour doit être une joie pour tous.
Il nous est donné le droit d’apporter la vie : consacrons la joie de cette journée
et de toutes les autres au respect de la vie, la vie de tous nos frères,
par-delà les frontières et leurs drapeaux, symboles de tant de guerres,
faites de tant de sang, de souffrances et de larmes, par-delà les races et les couleurs.
Nous voulons que dans notre coeur chacun trouve la place et l'amour
qui lui revient afin de nous aimer en chacun d'eux.
Serge Roy