Sens du mariage

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Le mariage civil

Paul Moreau, philosophe, directeur adjoint de l'Institut des sciences de la famille à Lyon, nous éclaire sur la dimension sociale du mariage civil et se prononce pour une préparation plus citoyenne à cette cérémonie.
Toute vie en société nécessite des institutions. Le mariage civil en est une dont le but premier est le bien commun du groupe : selon le code civil, les époux se doivent assistance mutuelle, et c'est dans la famille que se fait la première
éducation de l'enfant à la citoyenneté.
La fidélité des époux ne peut pas se réduire à une affaire privée. On le voit bien quand l'un abandonne l'autre : cela peut aboutir à des déchéances sociales que la société doit assumer. Pour les enfants, c'est encore plus vrai. Une carence des parents aboutit à des effets désastreux et aux violences que l'on connaît.
Se marier devant le maire, c'est reconnaître que l'on aura à répondre devant quelqu'un : " Qu'as-tu fait de ton conjoint ? ",
" Qu'as-tu fait de ton enfant ? " Cela fait symboliquement barrage à la toute-puissance, donc à la violence.
 
La médiation juridique peut aider le couple
A l'idée d'institution, l'individualisme contemporain préfère celle de contrat. En effet, dans le contrat, le point de départ n'est pas tant l'intérêt de la société que celui de l'individu et la satisfaction de ses désirs. Le divorce, tel qu'il est instauré
par la Révolution française, s'inscrit dans cette logique contractualiste : on entre et on sort du mariage par l'effet
de la seule volonté des époux.
Cette logique s'accentue avec la loi de 1975 sur le divorce par consentement mutuel : si on se lie avec autrui, c'est en vue
de recevoir de lui des gratifications, faute de quoi, on s'oriente vers une rupture pour réinvestir ailleurs. Cependant, le démariage est encore prononcé par un tiers : le juge. La médiation juridique est de nature à aider le couple et un jugement peut être prononcé dans le souci de justice, donc d'équilibre. Si l'on allait dans le sens des propositions récentes de défaire
le mariage par simple acte administratif, on supprimerait ce tiers pourtant indispensable. Avec le concubinage, l'obligation
ne vient que des personnes elles-mêmes.

Mais il est intéressant d'observer que les concubins n'ont pas tardé à demander une reconnaissance de la société sous forme de certificat de concubinage. C'est bien la preuve que l'on a besoin que la collectivité reconnaisse, à des personnes qui se lient en privé, le droit de bénéficier des mêmes avantages que les autres.
Mais il y a plus : lorsque vient l'enfant, le simple contrat privé entre deux adultes ne suffit plus. Il faut symboliquement un tiers répondant de ce tiers qu'est l'enfant. Quelle que soit la forme de l'union, la société se considère comme garante
du bien des enfants, et les parents ont des comptes à rendre.
C'est pourquoi, depuis vingt ans, les enfants de concubins ont les mêmes droits que ceux de parents mariés. Et, depuis
la loi de 1993, les parents concubins ont les mêmes devoirs que les parents mariés. On retrouve ainsi cette notion
d'un devoir qui vient d'ailleurs, et donc l'idée classique du mariage.
 
Des repères communs, hors de toute religion
Avec le mariage civil, le droit français a l'avantage d'offrir une parole qui transcende le lien des conjoints. Il donne à l'engagement une dimension qui dépasse le privé, et offre des repères communs, en dehors de toute religion.
Finalement, au-delà des revendications de totale autonomie, les jeunes adultes ressentent confusément le besoin de signifier leur engagement d'une manière ritualisée et solennelle. Il serait urgent de réfléchir à la mise en place d'une préparation au mariage civil dans sa dimension éthique et publique de citoyenneté.
(Paul Moreau, philosophe, directeur adjoint de l'Institut des sciences de la famille à Lyon.
Propos recueillis par Monique Hébrard).

 

Questions

Suis-je obligé de me marier à la mairie avant de passer à l'Eglise ?
Oui. Le mariage civil est une étape obligatoire pour les futurs époux. Lors du mariage religieux, le prêtre qui vous marie
vous demande d'ailleurs votre certificat de mariage : c'est une des pièces indispensable pour célébrer religieusement votre union. Sans ce contrat signé en bonne et due forme devant le maire ou le représentant de l'Etat, votre mariage n'a aucune valeur juridique. Vous seriez toujours considéré comme " célibataire " aux yeux de la loi.
Le mariage civil peut avoir lieu le même jour que votre mariage religieux, mais cela n'a rien d'obligatoire.
On peut se marier devant le maire bien avant de procéder à la cérémonie dans l'Eglise.
Au-delà de l'aspect juridique, le mariage civil constitue aussi pour votre couple un autre repère,
apte à faire grandir votre amour dans la fidélité.
 
La préparation au mariage religieux est-elle obligatoire ?
Non, mais elle est fortement conseillée! Les rencontres que vous pourrez faire durant ces réunions sont aptes à faire grandir en vous votre connaissance de la foi...et celle que vous avez de votre futur(e) époux(se). Ces rencontres ne sont pas imposées, mais préparer une union religieuse en discutant avec d'autres couples dans la même situation, et avec le prêtre
qui va vous unir, permet bien souvent d'approfondir l'amour que vous vous portez.
 
Puis-je choisir le prêtre qui va me marier ?
Oui. Vous pouvez tout à fait demander à un prêtre de votre connaissance de présider votre union.
Vous pouvez également faire en sorte que le curé de la paroisse dans laquelle vous vous mariez soit présent à votre cérémonie et concélèbre la messe. Cela peut donner un côté convivial à votre cérémonie.

Quels sont les fondements du mariage chrétien ?
Ils sont au nombre de quatre. Il s'agit de la liberté de consentement (les époux s'engagent sans être aucunement forcés),
de l'indissolubilité (un mariage est valable une fois pour toutes), de la fidélité (une relation de confiance s'établit entre les époux), et de l'ouverture au don de la vie (création d'une famille).
Ma future épouse est catholique, je ne suis pas croyant. Pouvons-nous nous marier à l'Eglise ?
Bien sûr. L'idée généralement répandue que le non-croyant ou non-baptisé doit d'abord être baptisé avant de pouvoir se marier est absolument fausse. L'Eglise respecte la liberté de conscience de chacun. " L'homme ne peut adhérer au Dieu
révélé que si, attiré par le Père, il met raisonnablement et librement sa foi en Dieu ", a-t-il été dit au concile Vatican II.
Pas de problème donc. Seul(e) l'époux(se) catholique s'engage à élever les enfants du couple dans la foi catholique.
 
Nous vivons ensemble depuis 10 ans. Qu'est-ce que le mariage changerait pour nous ?
En choisissant de vous unir devant Dieu, vous affirmez publiquement votre Amour. C'est un acte important, qui donne à votre relation une nouvelle actualité. Vous vous promettez un amour fidèle pour l'éternité, un engagement qui vous lie véritablement. Le mariage est l'acte de confiance ultime.

Qu'est-ce que l'échange des consentements ?
C'est le moment où, durant la cérémonie religieuse, les époux se promettent de s'aimer toute leur vie. Moment fort
de votre mariage religieux, le " oui " que vous prononcez à ce moment se vivra désormais au quotidien.
Les alliances que vous vous échangé ensuite sont le gage de votre amour.
 
Est-on obligé de porter une robe blanche à l'église ?
Non. La présence de la robe blanche nous vient en fait de traditions populaires, sans fondement religieux aucun.
Evanoui le mythe de la pureté incarnée par la blancheur ! La mariée est libre de s'habiller comme elle l'entend, à condition bien sûr de revêtir une tenue en adéquation avec le lieu.

 

Le couple à travers les âges

Du matriarcat de nos ancêtres au mariage d'aujourd'hui, l'histoire du couple fut assez mouvementée. Michel Rouche, historien, directeur de la revue Alliance, témoigne de cette longue marche vers le respect et la dignité des époux.
Vers 2000 av. J.C., existe dans les tribus indo-européennes (celtes, germaniques, slaves, indiennes...) un régime matriarcal polyandrique, avec des cellules familiales de 20 à 60 personnes. Ce système, qui donne tous les pouvoirs à la femme, mère
et prêtresse, engendre une violence telle qu'elle provoque un renversement en faveur du patriarcat aux alentours de 1000-900 av. J.C., en Israël, en Grèce et à Rome. L'homme s'octroie tous les pouvoirs. L'exigence de virginité de l'épouse assure
aux enfants deux parents et non un seul puisque la paternité est connue. Ce régime est amélioré par Rome qui instaure un contrat juridique avec séparation des biens et divorce possible.
A partir du IIIème siècle après J.C., le mariage romain, jugé trop lié à des intérêts financiers,
recule au profit du concubinage. Dès avant la proclamation du christianisme comme religion d'Etat, en 392, l'Eglise fonde
le couple sur le consentement libre des deux époux (saint Ambroise).
Malgré le patriarcat et la polygamie en vigueur chez les envahisseurs germaniques, une longue lutte s'engage alors en faveur de l'égalité de l'homme et de la femme. Le sacrement de mariage, défini dès le Vème siècle, implique,
malgré les résistances des contemporains, le refus du divorce qui s'impose au IXe siècle.
 
La nouveauté apportée par le christianisme
La monogamie l'emporte vers l'an 1000. Emerge alors un premier modèle de couple chrétien, la famille nucléaire vivant
sous le même toit, la femme n'étant " ni une servante ni une maîtresse mais une compagne ". Cet équilibre est remis en question lors de la crise de civilisation médiévale aux XIVème et XVème siècles. La misogynie, la croyance en l'impossible maîtrise des sens chez les femmes enclenchent de violentes critiques contre l'Eglise et la Réforme.
Il faut attendre le concile de Trente (1563), pour voir affirmer que la procréation n'est pas l'unique fin du mariage
et qu'elle prend place à côté de la réjouissance mutuelle. La cérémonie religieuse devient obligatoire,
les époux donnant leur libre consentement devant un prêtre.

Place au mariage d'amour

La monarchie d'Ancien Régime refuse de reconnaître cette liberté des jeunes,
tandis que le monopole du discours amoureux passe aux mains des philosophes des Lumières ;
Voltaire propose le modèle de l'amour libre, Rousseau celui du couple fidèle par devoir.
La Révolution, en 1792, réalise la liberté de consentement dans le cadre du mariage civil, mais l'autorisation du divorce par consentement mutuel provoque une telle augmentation du nombre de séparations que le code civil de 1804 le supprime
et remet la femme sous l'autorité du mari.
Au XIXème siècle, l'Eglise fait alliance avec le romantisme. Triomphe alors, vers 1880, un mariage d'amour, et non plus de raison, avec choix mutuel du conjoint. Les deux guerres mondiales remettent encore cet équilibre en cause.
Une nouvelle crise du mariage s'ouvre à partir de 1960, qu'accentue, en 1975, la loi sur le divorce par consentement mutuel.
Le couple chrétien, créé par choix mutuel, libre et conscient de l'appel du Christ, ne s'est généralisé que depuis un siècle.
Il n'a derrière lui que trois générations d'expérience d'un authentique amour conjugal. Il est aujourd'hui confronté à un nouveau défi : montrer que le sentiment amoureux ne suffit pas, et que la volonté de mener à bien un projet durable est possible grâce à cette folie de Dieu qui s'appelle la fidélité.
(Michel Rouche, directeur de la revue Alliance. Paru dans Panorama hors-série "Mariage")

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